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L’ivresse de Dionysos
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A lire dans La Libre Belgique du 02/12/08

Le groupe français était invité à composer plusieurs passages musicaux de "Panique" dans le studio Dame Blanche à Genval. Dionysos ou des fans inconditionnels de l’univers des "Pic Pic". "Nous sommes au service des réalisateurs", explique Mathias Malzieu.


C’est ce qu’on appelle être absorbée par son travail. Babet, un œil collé à l’immense écran, l’autre rivé sur les touches de son piano, se démène sur son instrument depuis des heures. Dans son casque, les conseils des autres membres de Dionysos fusent. "Essaie un demi-ton plus bas", lance Mathias Malzieu, le chanteur du groupe français.

Invitée à composer plusieurs passages musicaux du film "Panique", la bande à Malzieu ne s’est pas fait prier pour s’octroyer une escale de quelques jours dans notre plat pays. Et plus spécialement dans le studio Dame-Blanche à Genval. "On est fan de l’univers des "Pic Pic" et de "Panique" depuis le début", explique Mathias Malzieu. C’est donc sans hésiter un quart de seconde que le groupe de Valence se lança dans l’aventure proposée par les réalisateurs Stéphane Aubier et Vincent Patar. "C’est un vrai privilège, surenchérit le guitariste du groupe. Nous avons le même style d’humour, un feeling commun, la même façon d’aborder les choses. On est presque une famille, en fait."

Même si ce n’est pas une première (le groupe a déjà composé la musique d’un téléfilm), Dionysos voit cette expérience comme une nouvelle corde à son arc. "Mais ce n’est pas non plus le fruit du hasard car nous avons toujours été attirés par l’univers cinématographique, reprend Mathias Malzieu. Ici, ce sont tout simplement deux routes artistiques qui se croisent."

Au menu de Dionysos, deux passages cruciaux du film: le générique du début et l’épilogue final. Deux passages très différents. Dans le premier (un facteur qui apporte le courrier dans la montagne), Mathias Malzieu s’est servi de son ukulélé pour créer une ambiance champêtre. "Le morceau est aussi sifflé. C’est à la fois léger et fragile." Le bouquet final (l’anniversaire de "Cheval") s’annonce par contre comme un véritable feu d’artifice.

La base est là (une maquette d’un morceau du groupe datant de 2000), reste à la peaufiner. Mais surtout à la faire correspondre aux images. "C’est un travail très intéressant. D’habitude c’est nous qui nous fixons des contraintes. Ici, elles nous sont imposées. Il faut se montrer d’autant plus créatifs."

Le silence du poulpe

Pour avoir une idée de la complexité de la tâche, situons la scène. La fête d’anniversaire de "Cheval" se déroule dans un "saloon" où plusieurs personnages jouent des instruments les plus divers: un poulpe se défonce sur une batterie, tandis qu’un homard tape sur son xylophone au pied d’un âne qui fait ses gammes au piano. La musique de Dionysos doit non seulement montrer l’ambiance festive de cette scène, mais aussi la rendre crédible. "Il faut trouver le bon compromis pour que le son soit évocateur, tout en fonctionnant avec l’image", explique le chanteur.

Exemple de compromis à la "Dionysos": la batterie. "Un moment donné, on perçoit bien sur les images que les tentacules du poulpe restent une à deux secondes dans le vide. Cela ne collait pas avec le rythme effréné de notre morceau." Après de nombreux essais, le groupe décida finalement - et tout simplement - de réaliser un temps d’arrêt dans la cadence infernale de la fête. Quelques secondes de silence qui permettront à "Poulpe" de retrouver le chemin de sa batterie

"Il y a un côté magique quand on arrive à "la" solution, s’enthousiasme Mathias Malzieu, qui n’a pas peur de "chambarder" la base originale du morceau. Il ne faut pas oublier que c’est une commande. Nous sommes au service des réalisateurs. Ils ont fantasmé sur une musique. Nous voulons qu’ils s’approprient celle que nous leur présenterons. Il faut qu’ils aient la banane quand nous partons."

A noter qu’une chorale locale (huit personnes) s’occupe des voix tandis que chaque instrument (batterie, piano, guitare, basse, violon, marimba) est enregistré séparément.

Retour donc au piano et à Babet. "Cela doit plus faire ambiance "saloon", lance à son tour Vincent Patar. N’hésite pas à casser le piano s’il le faut."

La nuit s’annonçait longue, ce qui ne semblait pas perturber Mathias Malzieu. Le chanteur de Dionysos avait même l’air plutôt ravi de passer quelques heures supplémentaires en compagnie de "Cheval" et "Cow-boy".

Raphaël Meulders