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Le 7 mars dernier, le BAM accueillait en son sein Valorisations Numériques, une exposition dont l’objectif était de présenter de manière concrète et accessible à tous des aspects de la politique de numérisation des patrimoines culturels menée depuis 2007 par la Communauté française. L’occasion pour le cluster de se pencher davantage sur un pan de l’archivage numérique, un sujet décidément très présent dans notre actualité. Nous avons ainsi rencontré Evelyne Lentzen, aujourd’hui Déléguée Générale à la Préservation et à l’Exploitation des Patrimoines.
Quel était le point de départ de l’exposition ? Des campagnes de numérisation ont commencé dans des institutions culturelles en Communauté française depuis quelques années. Nous disposons dès à présent d’un volume d’œuvres numérisées relativement conséquent. Alors que l’Europe lançait le projet bibliothèque numérique Europeana, nous nous sommes dit qu’il serait intéressant de présenter, sous un jour culturel, des parties des collections numérisées. Nous souhaitions le faire sous forme d’une exposition et non pas seulement sous la forme d’un versement de fichiers numériques dans le portail Europeana dans lequel ils risquaient d’être perdus dans l’immensité des millions d’items numériques. Sans compter le fait que ce portail est essentiellement dominé par les collections numérisées de grandes institutions culturelles de pays comme la France.
Les œuvres de la Communauté française sont réparties dans différentes institutions, comment avez-vous envisagé cela ? Il y a en effet des œuvres qui proviennent du Musée Royal du Mariemont, du BAM et du MAC’s à Mons, de La Cambre Arts Visuels, du Musée de la photographie à Charleroi, de la RTBF, du Service des arts plastiques du Ministère, des Archives et musée de la littérature, etc. L’approche culturelle - et non pas technologique - que nous avons choisie pour l’exposition fait le pari de croiser des collections venant d’univers différents sur des supports différents. De mettre aussi en présence des œuvres et leurs doubles numériques. Et cela en privilégiant une très haute qualité de numérisation.
Comment s’inscrit cette exposition dans la politique de numérisation de la Communauté française ? Elle représente une étape, une manière de montrer, de rendre accessible des patrimoines, de pouvoir s’y attarder, de flâner dans les collections et de se réapproprier les histoires qu’elles nous racontent. Du côté de la Communauté française, la volonté est également d’assurer la conservation des collections numérisées. C’est très important de pouvoir les rendre accessible demain avec une qualité similaire à celle d’aujourd’hui. Cela demande d’adopter des formats de numérisation et de stockage pérennes, histoire de ne pas devoir recommencer la numérisation (ce qui est arrivé dans plusieurs pays voisins). Le Plan de préservation et d’exploitation des patrimoines repose en effet sur deux pieds, le premier est la conservation, le second est la valorisation.
Vous imaginez un accès aux œuvres avec une qualité identique pour tous les utilisateurs ? C’est difficilement imaginable. Les œuvres numérisées seront accessibles via un portail (www.numeriques.be), mais il y aura un accès différencié entre les utilisateurs, notamment pour des raisons de droits d’auteur et de propriété intellectuelle. Ce qui caractérise notre approche est que nous mettons en place ce que l’on appelle une "architecture distribuée". Chaque institution reste propriétaire et gestionnaire de ses œuvres. Nous viendrons "moissonner" dans les métadonnées associées pour constituer la plate-forme commune de la Communauté française. Notre rôle est aussi de veiller à une mutualisation des ressources et un respect de normes et lignes directrices communes.
Une standardisation au niveau de la Communauté ou de l’Europe ? Nous devons créer une architecture qui soit pérenne et qui permette une réelle interopérabilité avec les structures existantes. Cela signifie que nous devons déterminer des terminologies précises et créer un modèle d’interopérabilité (OAI), notamment sur base du Dublin CORE.
Lorsque l’on sait que la NASA ne retrouve plus les images originales des premiers pas sur la lune, on devine l’importance de cette "étiquetage", même virtuel… Les métadonnées sont indispensables, surtout en vidéo. La brochure : "Normes et lignes directrices techniques et organisationnelles pour les initiatives de numérisation des patrimoines culturels soutenus par la Communauté française" (résumé à télécharger ici) que nous venons d’éditer est le fruit de longues discussions et de multiples consultations. C’est une étape essentielle pour la réussite de notre projet partagé.
Un titre conséquent mais plutôt explicite. Un véritable panel d’experts a été consulté pour cet ouvrage. Parallèlement à ce travail de rédaction, il nous a semblé important de ne pas maintenir cette entreprise uniquement dans le monde virtuel, mais de pouvoir également la matérialiser à travers une exposition. Nous avons chargé Le Conservatoire numérique d’être le commissaire de cette exposition. Une première présentation a eu lieu en novembre 2008 dans l’Atrium du Ministère de la Communauté française. Rapidement, des visiteurs se sont approprié cette expo en scrutant les pièces et utilisant les ordinateurs mis à disposition pour l’occasion. Cette exposition nous a d’ailleurs convaincu de la nécessité d’une présentation "éditorialisée" du patrimoine numérisé. L’utilisateur doit être guidé dans sa découverte virtuelle des œuvres.
Ensuite, vous l’avez "exportée" au BAM… Nous voulions la faire voyager en dehors de nos murs. Le BAM nous a paru être une opportunité intéressante pour plusieurs raisons. Montrer comment on peut valoriser notre patrimoine numérisé dans un musée permet d’en bien distinguer les rôles différents. Une collection d’œuvres de la Communauté française est en dépôt au BAM à Mons, ce qui permettait de mettre en présence ces œuvres et leurs doubles numériques. Et puis, Mons accueille beaucoup d’initiatives en matière de numérisation en ce début 2009.
Quelle est la prochaine étape ? La réalisation du portail et ensuite d’un conteneur, le tout dans une démarche d’interopérabilité. Nous espérons qu’un prototype verra le jour en 2010, année de la présidence européenne de la Belgique. D’ici là, d’autres problématiques doivent encore être abordées, comme le dépôt légal audiovisuel ou la propriété intellectuelle par exemple.
Quelle sera votre rôle une fois ce travail terminé ? Le travail ne sera jamais terminé. Il faudra sans cesse évoluer pour répondre aux habitudes des utilisateurs, pour élargir le nombre de collections accessibles, pour leur présentation "racontée" et assurer que tant le contenu que le contenant seront toujours accessible pour les générations futures.
La brochure : "Normes et lignes directrices techniques et organisationnelles pour les initiatives de numérisation des patrimoines culturels soutenus par la Communauté française" est téléchargeable ici.
Propos recueillis par Virginie Breuls
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