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Wallimage: Bilan des 50 premiers films Print
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Wallimage vient d’éditer le bilan des retombées économiques sur base des 50 premiers films diffusés (ce rapport est disponible sur demande par This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it ). L’occasion pour nous de faire le point sur cette structure wallonne avec son directeur, Philippe Reynaert.


Vous annonciez récemment une moyenne de retombées économiques de 300% pour les subventions de Wallimage. Je suppose que ces retombées ne sont pas dues au hasard…

Ph.R. : Il y a en effet des incitants. La réglementation européenne limite l’obligation de dépenses « territorialisées » à 100% de l’argent investi. Cependant, l’Europe admet que le mécanisme d’aide soit sélectif. Chaque dossier est donc sélectionné sur base des critères définis dans le règlement de Wallimage (effet structurant sur le secteur de l’image en Wallonie, viabilité du projet et retour sur investissement pour le Fonds, crédibilité du producteur et de son équipe et disponibilité des crédits budgétaires). Cet argent est investi en coproduction (60%) et en prêt (40%). En fonctionnant avec cette répartition, nous nous sommes simplement alignés sur le système du Tax Shelter. Outre la simplification de la lecture des systèmes d’aides (notamment pour les producteurs étrangers), Wallimage apparaît de cette façon comme un «investisseur Tax Shelter» avec des critères de sélection qui lui sont propres évidement.

60% de coproduction et 40% de prêt : est-ce une répartition figée ?


Ph.R. : Non. Chaque fois que le producteur dépense en Wallonie 5% de plus que les 100% perçus, son prêt est diminué de 1%. Or les producteurs tentent de diminuer la part de prêt puisque celle-ci n’est pas une avance sur recette et implique systématiquement un remboursement. Ils vont ainsi dépenser davantage pour diminuer cette part de prêt. Toutefois nous avons placé un plancher pour maintenir la part de prêt à 10% (ce qui correspond pour le producteur à une dépense de 250%).

Enfants de timpelbachAvec ce plafond de 250%, il nous manque encore 50% pour atteindre les 300% de retombées économiques…

Ph.R. : Il y a également l’aspect «concours» entre les dossiers qui nous sont remis qui intervient. Plus un projet compte de dépenses en Région Wallonne, plus il sera susceptible de nous intéresser. Maintenant, il y a aussi des cas très particuliers, comme «Les Enfants de Timpelbach» par exemple, où les retombées s’élèvent à plus de 800%. La conjonction entre Wallimage et le Tax Shelter peut en partie expliquer cet effet. Pour le Tax Shelter, 90% de l’argent doit être investi en Belgique. Mais si l’on prend en compte des intermédiaires et autres, les productions doivent souvent dépenser 200% et plus pour justifier l’aide. Dés sa création, Wallimage a spécifié que, comme la structure wallonne ne fonctionnait pas sur base fiscale, les productions peuvent utiliser les mêmes justificatifs de dépenses.

La Belgique voit venir de grosses productions françaises en demande d’un financement via le Tax Shelter. Ces mêmes productions font étape à Wallimage : en vérifiant et en certifient toutes les dépenses, nous constituons quelque part une garantie de « bonne gestion » pour les investisseurs. Nous avons obtenu au fil des projets un label de qualité.

Wallimage vient de voir son budget passer de 3,5 millions d’€ à 4 millions d’€. En quoi est-ce que cela va modifier votre fonctionnement ?


Ph.R. : Sur les 4 millions d’€, 1 million est destiné uniquement au secteur de l’animation. L’augmentation, quant à elle, concerne plutôt les budgets attribués à la fiction et au documentaire (qui est passé de 2,5 à 3 millions d’€).  
Sur les quatre commissions annuelles, deux seulement sont consacrées également aux films d’animation. Une fréquence qui correspond mieux à ce secteur.

Cette augmentation va-t-elle permettre d’accepter un plus grand nombre de projets ou de renforcer le budget alloué à ceux-ci ?

Ph.R. : C’est pendant la première année d’existence de Wallimage que nous avons reçu le nombre de projets déposés le plus élevé. Au regard de nos critères qui sont principalement économiques (et donc plus «objectivables» que ceux de la Commission de Sélection de la Communauté française), nous avons rendu notre système de dépôt très exigeant. Nous recevons actuellement moins de projets, mais ceux-ci sont mieux constitués et répondent davantage à nos critères.
Notre philosophie n’est pas d’éparpiller le Fonds. Nous connaitrons sans doute une légère croissance dans le nombre de dossiers acceptés, mais le budget qui leur sera alloué sera surtout plus important. Il faut reconnaître qu’il y a un certain encombrement de films dans les salles actuellement. Aussi, nous préférons investir dans la qualité plutôt que dans la quantité.

Vous parlez d’un encombrement de films. Pourtant, les têtes du Box Office sont rarement belges, voire peu fréquemment européennes…

Ph.R. : C’est une réalité. Nos productions manquent de moyens en termes de marketing. Pourtant, ce type de dépenses est éligible dans le cadre de Wallimage. Mais nous n’avons jamais eu de demandes pour cette étape essentielle qu’est la promotion. Quand un film est terminé, les productions n’ont généralement plus de budgets pour promouvoir leur projet. Les réalisateurs font parfois eux-mêmes leurs bandes-annonces alors que réaliser ce type d’objet promotionnel est un métier à part entière. Ce manque d’investissement dans la promotion est dommage.


Lorsqu’un film est dit «majoritaire*», il bénéficie généralement de l’aide de la Commission de sélection de la Communauté française. Ce qui n’est forcément pas le cas des films «minoritaires»…


Ph.R. : Nous ne fonctionnons pas selon les mêmes critères, puisque nous privilégions les critères économiques (investissement dans le secteur wallon en l’occurrence), tandis que la Commission de Sélection favorise les critères culturels (réalisateur ou comédiens belges, etc.). Cela dit, nous tentons de maintenir un équilibre. Nous comptons plus de 50% de productions dites «majoritaires».

Aujourd’hui, vous créez une nouvelle filiale : Wallimage Entreprises. Wallimage Coproductions n’avait pas suffisamment d’effet pour les entreprises actives dans le domaine de l’audiovisuel ?  


Ph.R. : Pas exactement. En 1999, Quand « Rosetta » a emporté la Palme d’Or à Cannes, la Région Wallonne s’est rendue compte qu’il y avait un potentiel économique dans le secteur du cinéma, que les talents y étaient nombreux. Leur demande initiale était de soutenir la création d’un tissu industriel. A ce moment, j’ai insisté pour que cette aide ne soit pas directe. Selon moi, il fallait dans un premier temps attirer une clientèle pour nos entreprises avant d’investir dans celles-ci. Le processus serait plus long, mais moins risqué. Le gouvernement wallon nous a suivis dans cette optique. Nous avons monté Wallimage (société de conseil), et la Sowalim (aujourd’hui, Wallimage Coproductions) qui soutiendrait financièrement les projets « conseillés » par Wallimage. Le temps nous a prouvé que cette option était la bonne puisque la clientèle est bel et bien présente aujourd’hui.
La création de Wallimage Entreprises est en quelque sorte une suite logique.
Toutefois, il faut préciser que nous avions reçu lors de la création de Wallimage un fonds non récurrent de 2,4 millions d’€ qui nous a permis de soutenir quelques entreprises. La première fût d’ailleurs Cinéservice (devenu aujourd’hui Mélies, société membre du cluster TWIST). Une fois lancée, celle-ci a remboursé cette avance avec une plus-value. Nous avons alors investi dans une dizaine de sociétés. Malheureusement, nous avons connu une faillite et nous sentions qu’il était temps de s’engager dans d’autres entreprises. Nous nous sommes tournés vers la Région Wallonne qui nous a proposé une solution : c’est une reformulation de l’objet social de l’InWa (Incubateur numérique wallon) qui a servi de socle à Wallimage Entreprises. Nous bénéficions aujourd’hui d’un Fonds de 6 millions d’€ qui nous permet à la fois de renforcer des sociétés existante (lors de la première session, nous avons décidé de renforcer le soutien à Digital Graphics, membre du cluster TWIST, qui connaît actuellement une véritable croissance) mais nous projetons également d’aider à la création de nouvelles entreprises.

Les deux filiales de Wallimage sont finalement des outils complémentaires pour le développement du cinéma en Wallonie…


Ph.R. : Oui. Nous atteignons aujourd’hui une masse critique qui démontré une certaine maturité du marché. D’ailleurs, nous avons vécu la naissance du cluster TWIST comme un véritable signal qu’un cap était en train de se franchir. Nous disposons maintenant d’un interlocuteur identifié avec lequel j’espère que nous pourrons entretenir un dialogue permanent pour établir ensemble les meilleures stratégies de développement du secteur !

 

 

Propos recueillis par VBdT.


(*) Majoritaire : film majoritairement belge

 



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