| L’avenir de la 3D en TV |
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"Qui sera le premier à diffuser en Belgique francophone en 3D ?" Telle fût la première question pour entamer le débat, une question basique pour une entrée directe en la matière. Il faut dire que le panel réuni était de qualité : Benoit Michel (TWIST/Stereoscopy News), Jean-François Nivart (intoPIX), Henry Alexander (EVS), Stany Tevesz (Notele), Thierry Piette (RTL Group), Guy Vanden Bemden (NeuroTV), Francis Bodson (BeTV) et Roger Roberts (RTBF). Après un état de l’art pragmatique sur la 3D ou ‘la meilleure façon de ne pas avoir recours à de l’aspirine en regardant de la 3D’ proposé par Benoît Michel, les échanges ont démarré en trombe. "Non, RTL ne sera pas le premier à faire de la 3D" explique Thierry Piette. Pour la première chaine privée, tous les ingrédients ne sont pas encore réunis pour faire le grand saut. Les technologies existent mais les chaines de productions complètes tardent encore. La RTBF vient tout juste de se lancer dans la diffusion de certains évènements en HD. Ainsi cette année, Roland Garros et la Coupe du monde de football ont été diffusés en haute définition. Cependant, cela ne présage pas d’un prochain passage à une chaine complète en HD ni une diffusion en 3D. Chez BeTV, il y aura de la 3D mais plutôt dans des diffusions en VoD. "Toutes les étapes avant la mise en route d’une chaine complète ne sont pas encore en place", continue Francis Bodson de BeTV. "Le chemin jusqu’à la maturité est encore long". Pourtant malgré le scepticisme des chaines, tous s’accordent sur un point : Les fabricants misent sur la 3D pour permettre un renouvellement du parc de matériel. "Il y a des similitudes avec le passage en 5.1. La 3D engendre également beaucoup de contraintes. Il est aussi difficile de se limiter à quelques émissions spécifiques parce qu’il faut quand même équiper toute la chaine." Par ailleurs il faut rappeler que 15% de la population (ainsi que les enfants en bas âge) ne perçoivent pas la troisième dimension. Stany Tevesz, présent pour représenter Notele, évoque de son côté le peu de moyens déployés actuellement pour le passage en 3D. Actuellement, ce format engendre un surplus dans les coûts que peu de chaines pourraient se permettre. "Nous avons participé à l’expérience le 18 mars pour la retransmission de l’opération chirurgicale en 3D et en direct à Liège (dans le cadre du festival Imagésanté). Pour une caméra, il faut un opérateur et deux techniciens. En d’autres termes, nous devons tripler le nombre de personnes. Actuellement le marché belge n’est pas prêt à financer un tel déploiement." Toujours en ce qui concerne le coût, du côté grand public, il est aujourd’hui possible de s’équiper à partir de 2000€, ce qui reste accessible. Mais pour cette somme, la qualité n’est pas forcément garantie. Sans compter que le port des lunettes reste indispensable. "Outre la contrainte de devoir les mettre, le prix d’une paire de lunette active tourne autour de 150€", enchaine Henry Alexander de EVS. "Une anecdote parmi d’autres, BSkyB avaient passé la commande pour plusieurs dizaines de milliers d’écran 3D pour équiper les pubs et les bars. Finalement, ils ont annulé la commande parce qu’aucun des lieux ne voulaient gérer la distribution (et la récupération) des lunettes 3D." Et le représentant d’EVS d’ajouter que pour la réalisation d’un match de football en HD, aujourd’hui, on place une trentaine de caméras, tandis que seulement 8 caméras réellement efficaces sont mises en place pour une captation en 3D. La qualité de la réalisation est donc nettement diminuée. "Cette année, la coupe du monde a été partiellement diffusée en 3D. Mais c’est Sony qui a entièrement financé la diffusion." A Hollywood, la 3D a connu un push depuis janvier 2010, peu après la sortie de Avatar. "Cependant, tous les films ne sont pas en 3D", explique Jean-François Nivart de intoPIX.
Qu’en est-il des aspects techniques ? "Gérer les difficultés techniques en animation 3D CGI est relativement simple", déclare Guy Vanden Bemden de NeuroTV. "Cela devient plus complexe lors de la prise de vue réelle. Il faut alors résoudre les problèmes d’habillages graphiques sur les avant-plans ou même à l’intérieur des plans." Et EVS d’ajouter qu’on "risque un retour en arrière au niveau de l’habillage avec la 3D". La question du sous-titrage est éminemment importante aussi. Tout cela pourrait trouver une solution avec la gestion en temps réel de l’axe-Z (profondeur). "Des études sont en cours", explique Jean-François Nivart. "L’objectif est d’adapter en temps réel en fonction de l’axe-Z, mais reste à éviter de faire ‘sauter’ les sous-titres ou le reste de l’habillage." De plus, le spectateur a été éduqué pendant de nombreuses années à apprécier un certain type de programme avec des habitudes dont il sera difficile de se défaire. "Par exemple, le sous-titrage en bas de l’écran", conclut Francis Bodson.
Au vu des contraintes, pourquoi passer en 3D ? "Quand on se lance dans une production d’une certaine ampleur, on calcule les risques", explique Thierry Piette en évoquant l’exemple d’Avatar dont les budgets ont atteint des records. Aujourd’hui, les fabricants investissent dans la 3D. Ils avaient précédemment parié sur le passage à la HD, sans grand succès. La 3D apporte un effet WOW alors que le public européen n’est pas toujours apte à apprécier la différence entre la SD et la HD (moindre en Europe). Parallèlement la question de la représentation est importante. La vision en 2D actuelle est une déformation de la réalité à laquelle le spectateur a été éduqué. Passer à la 3D constituera une évolution qui nécessitera une période d’apprentissage et une nouvelle grammaire de l’image. "Les représentations ont toujours été différentes à travers les époques", enchaîne Marco Pezzin de Deltatec (présent dans la salle). "Que l’on parle de l’Egypte ancienne ou du Moyen-Age, les figurations ont toujours été propres à leur époque. La grammaire n’a cessé de s’adapter au fil du temps." BeTV mise avant tout sur l’événementiel. "C’est la raison pour laquelle la 3D sera présente d’abord en VoD". Du côté d’XDC, on constate que le nombre d’entrée en salle n’a pas forcément décollé avec l’arrivée des films en 3D, par contre, le prix du billet étant plus élevé, les rentrées ont augmenté. "Quant à l’émergence de la production de films en 3D", continue Judith Michel, "elle ne s’ajoute pas aux projets en cours. En général, ce sont des projets qui étaient prévus de toute façon. Par contre, on ne peut pas nier que l’arrivée de la 3D a facilité la pénétration des installations numériques. Nous sommes passés de 2000 salles environ il y a deux ans à plus de 10.000 salles équipées en digital au niveau mondial aujourd’hui." A noter que la gestion des lunettes est moins problématique dans les salles.
Que penser des lunettes avec écrans intégrés 3D, de l’autostéréoscopie et de la projection holographique ? "La 3D dont nous parlons actuellement est loin de celle dont on rêve", commence Thierry Piette. "Si on compare la pénétration de la 3D et la HD, continue Jean-François Nivart, on constate que la HD a largement déployé au Japon et aux USA tandis qu’en Europe où la qualité de diffusion SD est estimée correcte, elle est encore peu présente dans les foyers. On comprend dés lors pourquoi les fabricants japonais parient sur la 3D pour jouer sur l’effet WOW et pousser le grand public à changer son téléviseur." Toujours par rapport à la HD, "produire un programme en haute qualité", explique encore Francis Bodson, "était considéré comme onéreux encore récemment. La qualité SD est en effet tout à fait acceptable. Maintenant, la HD apporte véritablement une plus value lorsque la taille des écrans augmente." Reste à voir comment le public adoptera (ou se laissera adopter par) la 3D !
Quelques conclusions… Pour EVS, malgré l’ampleur des défis techniques, le passage en 3D sera inéluctable. Du côté d’intoPIX, on précise que le JPEG2000 est le format qui s’imposera pour la production en 3D puisqu’il évite les dommages causés par les fréquents encodages et décodages. Pour NeuroTV, les marques d’intérêts sont nombreuses pour la 3D, mais le secteur est encore en phase de test. La troisième dimension s’immiscera sans doute via les chaines thématiques. Faut-il encore une solution pour envoyer un seul flux au lieu de deux (œil gauche/œil droit) et développer des décodeurs capables de lire de la 3D et de la 2D (H264 MVC). Enfin, pour Benoit Michel, il ne faut pas croire que la 3D sera réservée aux productions hollywoodiennes. "Un film d’auteur avec un budget de 1 million d’euro va débuter son tournage en 3D : Derrière les murs produit par Alain Benguigui et Thomas Verhaeghe." Enfin TWIST avait rédigé avec quelques experts un petit opuscule qui a été distribué aux participants. La soirée s’est poursuivie par une dégustation en 3D réalité analogique … rien de tel pour discuter de la saveur des couleurs liquides et du goût des choses !
Voir encore la publication réalisée à l'occasion "3DTV - Le futur de la télévision stéréoscopique" et la présentation PPT de Benoit Michel, constultant technique de TWIST et auteur de Stereoscopy News, sur "La meilleure manière de ne pas avoir recours à l'aspirine quand on fait de la 3D..." |


