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A lire dans La Libre Belgique du 6 novembre
My. L.
La RTBF a coproduit un film innovant sur une sujet qu’on pensait connaître: "14-18: le bruit et la fureur".
Les poilus y ont l’accent ch’ti ou du Sud. Et leurs douleurs prennent corps.
J’ai survécu quatre ans sur le front. Je ne suis pas revenu croyant." Ce film parle en "je". Ce "je", c’est un personnage fictif, qui invite à vivre la Grande Guerre de l’intérieur. A souffrir avec ses poilus. Et avec les autres. Une guerre où il n’y eut, dit le narrateur (avec la voix de Jacques Weber), ni gagnant, ni perdant. Juste une immense douleur, un gachis gigantesque: l’équivalent, en pertes humaines, de deux Hiroshima par semaine durant 220 semaines. L’immédiat d’après-guerre a pourtant réécrit sa vision, en y mêlant fierté et exaltation. Ce docu-fiction entend remettre les choses dans leur contexte, et montrer ce que les images de propagande ont occulté. Pour y parvenir, les mots ne suffisaient pas: on a fait appel à une société liégeoise, Digital Graphics, spécialisée dans l’imagerie 3D et l’animation - certains parlent d’un Pixar wallon. "On a été mis en concurrence avec des boîtes de production françaises et anglaises. Mais on a décroché le projet!" , raconte Marc Umé, cofondateur de Digital Graphics. Durant trois mois, 35 personnes ont œuvré à la restauration et à la colorisation d’images de propagande (les films "d’actualité" sont eux, restés en noir et blanc, histoire de conserver leur caractère "objectif", distancié). "Des images qui n’étaient pas toujours dans leur plus bel état." Comment savoir si tel fusil avait la crosse grise ou marron? Comment connaître la couleur des champs traversés entre 1914 et 1918?
La société s’est adjoint les services d’historiens. Des experts qui ont permis de retrouver la juste tonalité des uniformes et des paysages. Le procédé n’est pas pure coquetterie: ainsi colorisées, de l’aveu du réalisateur Jean-François Delassus, les bandes vidéo ont révélé des détails insoupçonnés. Patchwork Autre particularité de ces images: on leur a donné la parole. Les soldats ont l’accent ch’ti ou du Sud. On les entend crier, rire ou simplement, discuter. "Il s’agissait de rapprocher le téléspectateur des images. De montrer des choses qu’on peut regarder sans vraiment les voir" , expliqueOlivier Abrassart, de Iota Production, boîte qui coproduit le film, et qui partage des bureaux avec Digital Graphics. Le procédé surprend. Gêne, même, de prime abord. Puis on intègre ses codes, et on comprend qu’il permet d’humaniser davantage les situations. Résultat, un docu-fiction étonnant, novateur, inédit: même si certaines de ses scènes ont déjà été montrées, on ne les a jamais vues comme cela. Il est construit comme un patchwork de photographies, de films censés aider au recrutement de soldats, d’images réelles, d’extraits de longs-métrages, et d’infographies animées. Coupées, mélangées, liées, ces séquences s’enchaînent harmonieusement, et c’est à peine si on distingue si l’enfer qu’elles montrent relève de la réalité ou de la fiction. Certains trouveront ce "flou artistique" embarrassant. Mais au niveau pédagogique, c’est une réussite. La guerre 14-18 se montre telle qu’on ne l’a jamais vue, jamais comprise. "La guerre" , commente le narrateur, "ce n’est pas juste une histoire de types qui meurent. C’est aussi une histoire de types qui tuent." "14-14, Le bruit et la fureur" a trouvé la haine et le désespoir derrière les sourires d’apparât.
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