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La Red, phénomène de mode ou caméra révolutionnaire ? PDF Print E-mail
Written by Virginie Breuls   
Friday, 24 October 2008 17:14
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Une caméra qui enregistre en 4K à $ 17.500. Une annonce qui a de quoi faire rêver plus d’un chef opérateur. Mais qu’en est-il réellement ? Est-ce que cette société réussira à détrôner les fabricants historiques comme Arri, Sony ou Panavision ? Nous avons rencontré Philip Mahieu, Managing Director Camera Rental Dept chez Eye Lite (Membre du cluster TWIST) afin qu’il nous éclaire sur ce phénomène RED.

 

La camera REDTout d'abord, une précision. Le corps de la Red One est effectivement vendu pour la somme de $17.500. Cependant, il faut ajouter à cela tout l'équipement et les accessoires nécessaires à son utilisation (le disque dur, le viseur, les objectifs, etc.). L'un dans l'autre, pour une unité opérationnelle avec la station Workflow qui permet de décharger les données au fur et à mesure du tournage, il faut plutôt compter un montant de $45.000. "Simple exemple", explique Philip Mahieu, "le Magic Arm qui tient en place le viseur n'est pas adapté aux situations de tournage. Il faut donc faire appel à d'autres fabricants pour se procurer les accessoires qui rendent la caméra opérationnelle." La popularité de la Red a ainsi entraîné l'émergence de toutes sortes d'instruments réalisés par d'autres fabricants.


Un peu d'histoire...

Revenons quelques années en arrière, histoire de comprendre comment cette caméra est parvenue à attirer l'attention des professionnels. Depuis quelques générations, il y a une véritable guerre entre fabricants de caméras. Notamment au Japon où se livre une bataille féroce entre Sony, industrie qui tend à imposer ses produits, et Panasonic qui, quelque part, vit sur les frustrations des utilisateurs lassés des pratiques de Sony. De nouvelles caméras apparaissent les unes après les autres, chacun des concurrents tentant d'imposer ses productions et ses standards. Mais cette multiplication d'outils est loin de satisfaire les acheteurs, qu'ils soient loueurs ou utilisateurs. "Il y a des caméras qui sortent à peu près tous les six mois. Or pour amortir une caméra traditionnelle (35 mm), il faut compter huit ans. Les caméras digitales, quant à elles, sont souvent obsolètes après deux ans." D'autant plus que la philosophie de vente de Sony est particulière, "ils ne regardent pas ce qui pourrait intéresser les utilisateurs, mais quels produits ils pourraient leur fournir. Résultat, l'offre ne correspond pas forcément à la demande".

 

Dans ce contexte, l'arrivée d'une caméra 4K (tout nouveau créneau) à $17.500 avait de quoi faire du bruit.

En fait, la société RED DIGITAL CINEMA a été fondée en 1998 par un financier, Jim Jannard (Oakley) et par un chef opérateur, Ted Schilowitz. "Ted est un cadreur passionné. On dit qu'il possède près d'une centaine de caméras chez lui." Sur sa carte de visite, il se définit lui-même comme "Leader Of The Revolution". En discutant avec d'autres chefs opérateurs, il a tenté de créer la caméra idéale. Ensemble, ils ont ainsi établis un cahier des charges correspondant à leurs attentes réelles.

En avril 2006, sur le salon NAB, une maquette de la caméra est présentée. Caractéristiques annoncées:

  • La Red One sera capable d'enregistrer des images en 4K;
  • Elle sera équipée d'un capteur CMOS de la dimension d'une image 35mm (13,7x 24,4 mm), d'une résolution de 12MP, soit 4900x2580 pixels. (En Comparaison, les caméras Sony HD atteignent 1920x1080 pixels);
  • Elle sera de dimensions assez petites et permet d'utiliser, via des adaptateurs, la plupart des objectifs créés pour les caméras 35mm et même des optiques photos Canon et Nikon.


"Cette annonce en a fait sourire plus d'un", se rappelle Philip Mahieu. Mais certains professionnels ont accrochés et près de 250 caméras Red ont ainis été préachetées, dont deux par Eye Lite.

En septembre 2006, après une période de gestation chargée en débats, un court-métrage réalisé avec la Red One est montré au salon IBC à Amsterdam. Le cinéaste n'est autre que Peter Jackson ( Lord Of The Rings) , ce dernier s'étant fait prêter deux prototypes quelques temps auparavant pour un tournage de deux jours en Nouvelle-Zélande. " Crossing The Line est un court-métrage avec deux sortes de prises de vue: celles réalisées dans les tranchées (avec des tons et des textures sombres) et des prises de vue aériennes. Par ailleurs, il y a un nombre incroyable de plans et ceux-ci sont très diversifiés: gros plans, mouvement de caméra, plans larges, etc. Même avec deux caméras sur place, le tournage a du être clôturé en un temps record. En regardant ce film d'une durée d'environ dix minutes, on avait un peu l'impression que le réalisateur néo-zélandais avait décidé de tester la Red One pour voir ce qu'elle avait dans le ventre." Et le loueur d'ajouter que, bien que les images ont été montrées de manière brute (sans étalonnage), leur qualité n'en était pas moins déjà impressionnante. D'ailleurs, après l'IBC, le nombre de caméras pré-vendues est monté à 750, puis a atteint, en avril 2008, 3500.



Enfin, la livraison des Red One a débuté en septembre 2007. Les caméras ont été fournies au compte-gouttes. "Nous avons reçu les nôtres à la mi-janvier 2008. Il faut dire qu'à l'heure actuelle, toutes les caméras n'ont pas encore été livrées." Sans compter le fait que la société a prévenu que sa caméra serait en permanente évolution. "En d'autres termes, environ tous les quinze jours, nous recevons des upgrades. Si, au moment de l'achat, nos caméras pouvaient enregistrer 75 images par seconde en 2K, aujourd'hui, elles atteignent 125 images par seconde en 2K." Il y a peu de modifications sur le Hardware heureusement. Mais il y a eu une en novembre 2007, soit peu de temps après sa sortie. Les caméras déjà livrées ont alors été reprises par RED et les acheteurs ont reçu en échange la nouvelle version.

 

crossing the line

 

Quelques données techniques

En créant parallèlement à la caméra son propre format (le RED CODE), RED a voulu s'émanciper des standards du marché. La compression est ainsi de l'ordre de deux GigaBits par minutes. En d'autres termes, sur des cartes de 16 GB, il est possible d'enregistrer huit minutes. Ce format a d'ailleurs été plutôt bien suivi puisque, aujourd'hui, des accords ont été pris avec, notamment, Final Cut Pro et Avid (logiciels de montage) pour la digitalisation (et le traitement) de la matière.

Au niveau technique, la Red amène également son lot de nouveautés. En plus du fait qu'elle enregistre en 4K, elle possède la souplesse d'une caméra de cinéma classique. Son capteur a une taille comparable à ceux des 35 mm (un pouce), ce qui permet une grande profondeur de champs.

Elle propose également plusieurs innovations, dont une assistance à la mise au point et une assistance à l'exposition. "Si au premier abord, cela ressemble à des gadgets", reprend Philip Mahieu, "il n'en reste pas moins que ces accessoires seront certainement très appréciés par les opérateurs parce qu'ils ont été conçus pour répondre à des problèmes rencontrés sur le terrain et pour être plus intuitifs que les outils traditionnels (comme, par exemple, le vecteurscope)."

Néanmoins, la Red One montre ses limites dans certains domaines, notamment dans les tournages en basses lumières ou monochromatiques. "Cela ne veut pas dire qu'elle n'est pas valable pour les scènes de nuit. Simplement, cela nécessite un éclairage approprié. En tournant en sous-exposition, à cause du fait que la caméra est équipée avec des capteurs CMOS, on risque de se retrouver avec des artéfacts dans l'image qui ne sont pas stables dans l'ensemble du cadre, ni dans la durée."




Un modèle économique novateur


En un an, RED DIGITAL CINEMA a réussi à vendre 4.000 unités. En référence, la HD Cam de Sony qui est la caméra la plus répandue au niveau mondial a été vendue à 10.000 exemplaires depuis son lancement.

La seconde version de la Red est attendue pour 2009. "Lorsqu'une nouvelle version d'un produit arrive sur le marché, il rend la version précédente obsolète. Or il est impossible d'amortir un tel investissement en un temps aussi court. Pour un loueur, c'est une véritable épée de Damoclès qui pend au dessus de sa tête. Maintenant, il faut voir comment la société RED va réagir par rapport à cela. D'après ce que l'on entend, elle reprendrait au prix neuf les premières caméras à l'achat de la nouvelle version. Ce qui est tout à fait révolutionnaire. A voir si cela se concrétise." D'autant que les nouveautés ne manquent pas à l'appel.

  • En 2009, l'EPIC verra le jour. Cette caméra enregistrera en 5K pour la somme de $47.000.
  • La même année, devrait sortir également la SCARLET, une caméra qui "tient en poche". Vendue pour moins de $10.000, elle enregistrera en 3K (soit une qualité encore supérieure à la HD).
  • La RED RAY remplacera les stations Workflow (qui permettent de décharger les cartes ou les disques durs).
  • Enfin, RED devrait proposer bientôt des optiques pour 15 à 17 % du prix actuel.


"En général, les fabricants attendent qu'un acheteur passe commande d'un certain nombre d'unités d'un nouveau produit avant d'investir dans la recherche pour celui-ci. La société RED, quant à elle, parie plutôt sur une large vente pour rentabiliser ses investissements. Cette société va véritablement dans le sens du client et bouscule ainsi les modèles économiques traditionnels."

Au-delà de l'aspect technique, RED se distingue surtout par son approche de la clientèle. "Ils sont constamment en dialogue avec les utilisateurs, notamment via des forums. Cette écoute du client est tout à fait novatrice et modifie en profondeur le paysage que nous connaissons."

Toutefois, le loueur émet quand même quelques réserves autour cet outil aux apparences révolutionnaires. "La Red est une caméra professionnelle et doit être considérée comme telle. Elle se veut accessible pour tout créateur. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'elle nécessite un accompagnement comme toutes les caméras professionnelles. Et le coût de cet accompagnement (formation, test et préparation de la caméra, suivi du matériel, mise à disposition des accessoires, etc.), quant à lui, ne diminue pas." Autant dire que les loueurs de matériel qui ne se contentent pas de la simple location d'un corps de caméra et qui tendent à fournir un service de qualité craignent l'arrivée de concurrents qui se seraient facilement procurer cette caméra et qui n'hésiteraient pas à brader leur prix pour rentabiliser rapidement leur investissement.

 

Last Updated on Monday, 10 November 2008 18:26