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Studio L'Equipe, un opérateur historique
Mercredi, 25 Août 2010 18:50

se_logo_wallonie-petitStudio l’Equipe est un opérateur historique. Créée par André Bosman Sr. il y a plus de 50 ans, cette société familiale a toujours cherché à se mettre au diapason des besoins en audiovisuel en Belgique francophone et néerlandophone. D’abord à Flagey, puis à Schaerbeeck et enfin à Evere, elle s’est adaptée aux demandes pour proposer des services de haute qualité. A l’heure où le dernier studio de l’entreprise, installé à Bierges, vient de souffler sa première bougie, nous avons voulu faire un petit retour en arrière afin de mieux comprendre pourquoi Studio L’Equipe a choisi de s’installer dans le Brabant Wallon. Entretien avec Philippe Bosman de Studio L’Equipe.

 

"La création de cette entreprise remonte à l’époque d’après-guerre", commence Philippe Bosman. L’INR (devenu aujourd’hui la RTBF) avait des studios radios installés à Flagey. Mais la chaîne désirait s’ouvrir à la télévision, même si elle n’y croyait pas. "Nous avons créé le studio afin de sonoriser les films et autres reportages qui étaient diffusés." Comme il n’y avait pas de magnétoscope, le son était alors ajouté en direct à l’image. "Nous participions à des magazines comme Neuf millions (reportage d’actualité de l’INR dans les années cinquante et soixante) où, parfois, la diffusion de la première bobine commençait alors que le mixage de la troisième se clôturait…" Une réalité qui a poussé Studio L’Equipe à jouer la carte de la proximité. "Nous étions également à Flagey, puis quand la télévision a déménagé à Reyers, nous l’avons suivie à Schaerbeeck en nous installant Rue Colonel Bourg en 1969. Nous avons construit le premier auditorium de mixage et nous nous sommes diversifiés en consacrant la moitié de nos activités au cinéma belge, courts et longs métrages confondus." Peu après le département télévision de la RTB a souhaité reprendre en interne toute la production.

 

S’est ensuite développée la production de publicités pour la télévision luxembourgeoise. Le Studio lance alors en 1975 le premier montage vidéo en deux pouces.

Dans les années septante, un autre besoin est également apparu : celui du sous-titrage électronique. En 1981, Studio fonde LVT à Paris, un studio où le sous-titrage électronique remplace le sous-titrage chimique. "Nous avons été les premiers au monde à réaliser les sous-titres avec un laser en les gravant image par image. La mise au point du processus a fait l’objet d’un brevet français! D’ailleurs, le tout premier travail de sous-titrage 35mm a été de réaliser les sous-titres du film Bird de Clint Eastwood sur le saxophoniste de jazz Charlie Parker pour le festival de Cannes 1988."

Nous avons également lancé un département de sous-titrage vidéo. Ces travaux ont été effectués pour des cinéclubs, mais aussi pour des chaînes de télévision comme France3.

 

Les années nonante ont été le théâtre du déménagement vers l’Avenue Mommaerts. "Nos locaux à Colonel Bourg devenaient trop exigus. Nous souhaitions avoir d’autres studios de mixage. Nous avons donc opté pour un lieu plus spacieux avec la possibilité d’installer plus de choses."

 

Il y a dix ans, un nouveau fonds économique dédié au cinéma voyait le jour : Wallimage. "Il n’y avait pas de lieux pour la post-production son en Wallonie à ce moment. Nous nous sommes engagés à installer un studio, mais la vraie question était de savoir où et comment." Studio l’Equipe a ainsi racheté  API Service (société de post-production à Mons). "Nous avons acheté l’activité, le matériel et... les dettes. Cependant, nous ne pouvions pas démarrer tout de suite parce que l’équipement était pratiquement obsolète."

 

studio-equipe_image3Après de nombreuses  visites de lieux, notre  choix s’est finalement arrêté sur une ancienne école de musique à Bierges. "Nous y avons transformé la salle de spectacle en auditorium de mixage. L’acoustique y a été spécialement soignée et nous y avons placé une console Euphonix System-5P, qui est l'une des plus performantes en Europe.  En l’ouvrant il y a un an, nous avons à nouveau pu proposer à nos clients une éligibilité auprès du fonds Wallimage."

 

Et l’archivage numérique ?

 

"Nous avons eu la chance de rentrer en contact avec Jean-Pierre Verscheure, un expert mondial." Ce professeur de l’Insas est passionné du cinéma tant au niveau du fond que de la forme. Il a acquis son premier projecteur 35 mm - un Ernemann 1, datant de l’époque du muet - à 14 ans. Depuis, il a accumulé une foule de projecteurs ou d’équipements correspondant à toutes les grandes étapes techniques du cinéma. Il  a fondé en 1994 l’asbl Cinévolution, centre de recherches et de conservation de films et d’équipements. "Il possède aussi des milliers de bobines. Il est l’un des rares particuliers au monde à pouvoir projeter sur leur support d’origine des films conçus dans des formats aujourd’hui compétemment dépassés."

Autre acteur incontournable dans la digitalisation, XDC. "Nous travaillerons ainsi avec Jean-Pierre Verscheure et XDC pour offrir un service de numérisation des films qui tient compte également des volontés (parfois oubliées) des réalisateurs de l’époque (films mixés en stéréo, avec des couleurs désaturées pour rendre un film moins agressif, adaptation des caches, etc.)."

Quant à la localisation de ce service, "ce sera à Mons, entre Bruxelles et Paris".

A noter encore que Studio L’Equipe digitalise déjà de nombreux films privés et entend créer ainsi une banque de données d’images (inédites) retraçant  l’histoire avec un petit ‘h’ et un grand ‘H’. "Lors de l’anniversaire des 30 ans de Notélé, il y a eu un appel auprès du public pour qu’il nous fasse parvenir ses films de familles restés sur pellicule (9,5 ou 8 mm). Nous avons reçu des dizaines de milliers d’heures de films. Il y a beaucoup d’images peu pertinentes (des enfants de particulier, etc.), mais ces petits tournages ont parfois pour toile de fond l’Histoire et c’est bien cela qui nous intéresse." On compte près de 5% d’images réutilisables tantôt à propos des expositions universelles de 39’ et 58’, tantôt sur le Congo belge, tantôt sur des inaugurations de bâtiments importants. "Nous nous engageons dans ce secteur parce que nous pensons qu’il y aura une rentabilité à terme. Quant aux investissements, ils doivent être faits aujourd’hui avant que les supports ne soient plus lisibles soit à cause de leur  dégradation ou leur disparition pure et simple , soit à cause de la disparation d’un lecteur ad hoc."


Studio L’Equipe et la Wallonie

 

"Studio L’Equipe a toujours ré-investi ses gains au fil du temps. Le souhait de s’ouvrir vers la Wallonie ou ailleurs est présent depuis le début. Nous avons souvent attendu de vraies opportunités avant de nous engager dans un investissement."

Aujourd’hui, Studio emploie près de 75 personnes sur les différents sites. Il y a également un bureau à Paris chargé des contacts avec la France pour les différents services (du mixage à l’étalonnage en passant par le laboratoire). Ces nombreuses années d’existence lui confèrent une expertise et un savoir-faire extraordinaire dans le domaine de la post-production. Même si ce savoir-faire est aujourd’hui relié à une industrie (celle du cinéma) avec des besoins de rentabilité, il reste avant tout motivé par une passion pour l’audiovisuel et le travail de haut de gamme.

Propos recueillis par VBdT